Chronique de Françoise Gaudefroy, directrice de la librairie

Xavier de Hauteclocque né en 1897 est journaliste.

Dès 1932, il s’intéresse à la montée du national-socialisme dans une Allemagne exsangue dont le peuple est affamé et livre dans ses reportages le récit de ce qu’on lui a donné à voir.

Introduit par l’aristocratie et la bourgeoisie allemandes (Xavier de Hauteclocque est Graf von Hauteclocque, comprenez Comte de Hauteclocque et cela aide), il se présente sans mentir comme un journaliste Français qui souhaite faire connaître au peuple français cette révolution en cours chez son voisin allemand. Il sera donc reçu un peu partout avec dans la plupart des cas un excellent accueil.

De ses reportages – cinq au total – dans l’organisation implacable de la machine nazie – sécurité intérieure – police politique – camps de travail volontaire, du moment où le parti nazi est sur le point de devenir le premier parti de la politique allemande (1932) jusqu’en 1935 , il comprend que la guerre est inéluctable.

La langue est belle, franche et directe; voici ce qu’il écrit en 1933.

« Si l’on vous dit que la révolution nationale-socialiste n’est qu’une réaction sous un masque démagogique, on se trompe.

Mais si, en apercevant la vérité, on prétend que ce soulèvement des masses n’a qu’une portée intérieure et qu’une Allemagne où les meurt-de faim défilent sous la porte de Brandebourg est moins dangereuse pour vous, Français, alors on vous trompe.

L’hitlerisme promet aux gens de Wedding* ce que la république parlementaire ne leur a pas donné : du pain. »… «  sa promesse n’est pas de pure forme, car Hitler aime les petites gens »…  « S’il groupe en bataillons le peuple de l’abîme, s’il arme ces forces de la nature, ces éléments qu’aucun gouvernement pacifique ne déchaînerait, faute de savoir comment on pourra les renchainer, croyez-vous que ce soit dans le dessein puéril d’épater l’Europe ? »…. 

Xavier de Hauteclocque imagine la pensée d’Hitler :

« Le pain que ton sol ne produit pas en suffisance, il faudra que tu l’arraches à cette vieille avare d’Europe. Ferme tes rangs. Suis les chefs qui sortent de ton sein brûlant et maigre. Dans les traces des anciens héros inutiles, mets tes pas de géant famélique. Voici la route qui mène à la place de Paris. Nous t’y ferons défiler un jour, du laurier à ton casque et du pain plein ta musette. »

Lui, le lanceur d’alerte paiera de sa vie l’amour de son métier – observer , écouter, écrire pour dire la vérité.

Le 3 avril 1935 de retour d’un séjour dans la Sarre, il meurt, disant à sa femme que les nazis l’ont empoisonné.

*quartier pauvre de Berlin

Retrouvez la BD : "TRAGEDIE BRUNE" de CADENE/GAULTIER aux éditions ARENES inspirée par ses premiers repotages. 


Notre Sélection
AU COEUR DE L'ALLEMAGNE NAZIE
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FLAMMARION
[réf : 9782081473331] Date de parution : 30/01/2019
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[réf : 9782352047421] Date de parution : 16/05/2018
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